Mes tout premiers souvenirs du fleuve Nil remontent à la fin des années 80, lorsqu’ avec ma famille on aimait pique-niquer les weekends le long de la rivière Ruvyironza et y faire d’agréables promenades, Ruvyironza étant l’un des principaux affluents du Nil dans le sud du Burundi et à quelques kilomètres de Rutovu, où se trouve sa source la plus méridionale.

Au fil des années, j’ai toujours été passionné par ce fleuve majestueux de 6.650 km qui sillonne 11 pays d’Afrique, du Burundi à l’Egypte en passant par la RDC, le Rwanda, l’Ouganda, la Tanzanie,  le Kenya,  l’Ethiopie, l’Erythrée, le Sud-Soudan et le Soudan où le Nil Blanc rencontre le Nil Bleu avant de poursuivre sa traversée plus au nord et se jeter dans la Méditerranée. Que ce soient dans les cours de géographie, au travers des documentaires et des magazines, je me suis intéressé au Nil, à ses nombreux affluents et bassin qui couvre 3.254.555 km2 (à peu près 10 % de la superficie de l’Afrique) avec une population ‘bénéficiaire’ estimée en centaines de  millions.

C’est cet intérêt précis qui m’a poussé à entreprendre une série de visites sur les traces du Nil. En octobre 2014, avec un groupe d’amis de l’Association Burundaise pour la protection de la Nature, nous avons visité le parc de la Ruvubu, situé à l’est du Burundi, le long de la frontière avec la Tanzanie. Ce parc est étiré le long de la rivière Ruvubu – l’autre grand affluent du Nil au Burundi – qui lui a donné son nom (Ruvubu signifiant la « rivière aux hippopotames »), formant ainsi une sorte de corridor limité de part et d’autre par de hauts reliefs.

La rivière Ruvubu, affluent du Nil au Burundi, à cheval entre les provinces de Muyinga et Cankuzo

La rivière Ruvubu, affluent du Nil au Burundi, à cheval entre les provinces de Muyinga et Cankuzo

Quelques mois plus tard, j’ai poursuivi mon aventure vers le Rwanda pour visiter le parc Akagera, qui tire son nom de la rivière Akagera, aussi affluent du Nil et serpentant le long de la frontière orientale rwandaise. Ce parc qui s’étend actuellement sur 1.122 km2 offre une biodiversité faunistique impressionnante et des satisfactions incomparables. Par temps clair du sommet des Monts Mutumba qui culminent à 1.825 m, il est possible d’apercevoir les volcans du Congo.

L’implication effective des populations locales dans les efforts de conservation a permis de restaurer l’écosystème du parc Akagera

L’implication effective des populations locales dans les efforts de conservation a permis de restaurer l’écosystème du parc Akagera

Après ce passage au pays des ‘mille collines’, j’ai rejoint début 2015 mon camarade Aaron à Kampala qui avait promis de me faire visiter ‘la source’ du Nil, une question qui reste un peu controversée entre le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda, les trois pays se réclamant toujours abriter la source de ce fleuve. Direction : Jinja, à 80 km de la capitale et sur les bords du lac Victoria.  Sur place, j’ai vu que l’ «Omugga Kiyira» (nom local du fleuve Nil) est noir, avant de devenir blanc et bleu des centaines de km plus au nord. De nombreuses installations industrielles et hydro-électriques y ont érigées. Une activité touristique s’y est aussi développée quoi que les personnes rencontrées sur place m’aient dit que le flux de touristes a sensiblement baissé ces dernières années.

Au sortir du lac Victoria, le Nil prend une largeur impressionnante

Au sortir du lac Victoria à Jinja, le Nil prend une largeur de plus en plus impressionnante en direction du nord

En attendant de poursuivre cette merveilleuse aventure vers les deux Soudan, l’Ethiopie et l’Egypte, à la découverte d’autres paysages et cultures et spectacles le long du Nil, une chose est certaine : le Nil est une richesse inestimable dont les eaux limoneuses continuent de nourrir une population assez importante estimée entre 200 et 300 millions.

Au moment où les Etats de l’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique continuent d’être confrontés à la sécheresse et à l’insécurité alimentaire chronique aggravées par les effets d’El Niño, nous réalisons combien l’eau est une ressource précieuse et de plus en plus rare. Il est de notre responsabilité commune de protéger le Nil et ses affluents qui ont contribué à fertiliser les terres et garantir l’abondance agricole pour de nombreuses générations .

En ce 22 février où les 11 pays du bassin célèbrent la beauté et la richesse de ce fleuve en partage, les gouvernements concernés devraient s’assurer que les politiques d’adaptation climatique sont non seulement intégrées dans les plans nationaux de développement, mais aussi effectivement mises en œuvre en privilégiant l’adoption rapide des énergies renouvelables. Cela représenterait une contribution remarquable dans la lutte contre les changements climatiques qui compliquent davantage les conditions de vie des millions de gens confrontés déjà à une extrême pauvreté.