La journée mondiale de l’eau coïncide cette année avec la clôture de semaine africaine du climat qui s’est tenu cette semaine à Accra, sommet censé « apporter des solutions plus pratiques pour canaliser les moyens financiers vers les ambitions climatiques nationales ». Cette journée est célébrée alors que le spectre du cyclone Idai qui a frappé le Mozambique, le Zimbabwe et le Malawi, touchant plus de 2 millions de personnes, un rappel brutal de l’impératif moral d’agir sur le changement climatique et de sa réalité meurtrière, particulièrement en Afrique.

L’accès à l’eau est un droit humain reconnu internationalement depuis 2010. Pourtant, plus de deux milliards de personnes n’avaient pas accès à de l’eau potable en 2018. En dépit des progrès importants réalisés au cours des 15 dernières années, l’objectif de fournir de l’eau salubre à tous est encore inaccessible pour une grande partie de la population mondiale. Les groupes marginalisés – les femmes, les enfants, les réfugiés, les peuples autochtones, les personnes handicapées et de nombreux autres – sont souvent négligés et font parfois l’objet de discrimination lorsqu’ ils tentent d’accéder à une eau salubre et de la gérer.

Quelques statistiques récentes de 2019 sur la situation de l’accès à l’eau révèlent que l’eau reste plutôt un luxe pour celles et ceux qui en ont au quotidien

  • 2,1 milliards de personnes vivent sans eau salubre chez elles.
  • Chaque jour, plus de 700 enfants de moins de cinq ans meurent des suites d’une diarrhée liée à une eau insalubre et à des conditions d’hygiène médiocres.
  • Environ 4 milliards de personnes, soit près des deux tiers de la population mondiale, connaissent une grave pénurie d’eau pendant au moins un mois de l’année.
  • À l’échelle mondiale, 80% des personnes qui doivent utiliser des sources d’eau insalubres et non protégées vivent dans des zones rurales.
  • Les femmes et les filles sont responsables de la collecte de l’eau dans huit ménages sur dix avec de l’eau en dehors des locaux.
  • 700 millions de personnes dans le monde pourraient être déplacées par une grave pénurie d’eau d’ici 2030.

En Afrique, le changement climatique qui frappe déjà de plein fouet le continent rend la disponibilité et l’accessibilité de l’eau particulièrement difficile dans la mesure où la hausse des températures et des modifications du régime des précipitations rendent l’accès à l’eau difficile et occasionnent une baisse des rendements agricoles. La réduction des réserves en eau ainsi que la la dégradation des écosystèmes ont un impact immédiat sur l’agriculture.

Selon la revue scientifique internationale IOPScience, l’Afrique orientale et australe verront leurs productions agricoles  affectées par le changement climatique d’ici à 2030. À titre d’exemple, les variétés de blé se développent bien à des températures comprises entre 15 et 20 ºC, mais la température moyenne annuelle en Afrique subsaharienne dépasse aujourd’hui cette plage pendant la saison de végétation. Si ces tendances climatiques se poursuivent, la production de blé pourrait donc enregistrer une baisse de 10 à 20% d’ici à 2030 comparé aux rendements des années 1998-2002.

En Afrique du Sud, l’eau a été un gros problème récemment. En 2018, la ville du Cap, l’une des plus grandes villes du pays, a failli manquer d’eau. Alors que le résultat réel aurait été de vider les robinets de robinetterie dans des foyers plus aisés, une crise est en cours dans des endroits moins importants (et donc moins signalés). De nombreuses villes du Cap Occidental et Oriental (deux des provinces d’Afrique du Sud) connaissent encore des pénuries d’eau. Les climatologues ont estimé que la sécheresse qu’a connue le Cap a été aggravée de 30% par les les effets du changement climatique. L’Afrique du Sud est un pays qui connaît un stress hydrique important et le changement climatique augmente la température moyenne deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale. Cela signifie qu’à l’avenir, nous connaîtrons probablement des sécheresses plus graves, ce qui aggravera les pénuries d’eau pour les populations, l’agriculture et l’industrie. Les pauvres d’Afrique du Sud seront les plus touchés par le changement climatique.

Le thème de la Journée mondiale de l’eau 2019 est «Ne laisser personne de côté». Cependant, cela restera un slogan vide de sens aussi longtemps que les gouvernements centraux et locaux et les agences de développement ne feront aucun effort pour inclure les personnes marginalisées ou ignorées. Les services d’eau doivent répondre aux besoins des groupes marginalisés et leurs voix doivent être entendues dans les processus décisionnels.

Pour faire face aux fortes inégalités d’accès à l’eau salubre, les pays africains, qui sont les plus touchés par le changement climatique, doivent manifester un vif intérêt pour limiter la température en dessous de 1,5 ° C en s’engagent à éliminer progressivement les projets liés aux combustibles fossiles tout en accélérant la transition énergétique juste et propre. Pour l’Afrique, il s’agit d’une question de survie dans la mesure ou le changement climatique l’affecte deux fois plus gravement que le reste du monde.

 

– Landry Ninteretse, 350 Africa Team Leader