Total vient de reporter sa décision d’investir dans un projet de champs pétrolifères en Ouganda, décision initialement prévue l’an dernier. Dans une déclaration à la presse, le responsable des finances de Total, Jean-Pierre Sbraire, a déclaré ce mercredi 30 octobre qu’il était trop tôt pour dire quand une décision d’investissement sur ce projet pétrolier serait finalement prise.

Cette déclaration intervient une semaine après qu’une coalition de six ONG – quatre ougandaise et deux francaises – aient engagé une action  en justice contre le géant français de l’énergie, l’accusant de n’avoir pas respecté les “impacts désastreux” pour les habitants et la biodiversité dans son plan d’investissement en Ouganda. D’apres ces organisations, Total doit se conformer à la loi de 2017 qui exige l’élaboration d’un plan de vigilance visant à prévenir les infractions graves à la santé, aux droits humains, ainsi qu’aux dommages environnementaux.

Il faut dire que ce projet présente des risques inacceptables pour les populations locales, l’habitat naturel et la biodiversité. Les réserves pétrolières que Total, en collaboration avec  d’autres compagnies anglaise et chinoise (Tullow et CNOOC Limited) se trouvent au cœur du parc de Murchison Falls, un des joyaux de la région des Grands Lacs et d’Afrique. Chaque année, des milliers d’amoureux de la nature viennent du monde entier pour admirer le spectacle du Nil Victoria envahir les falaises d’une gorge étroite, générant ainsi de précieux revenus pour le pays et les communautés locales qui peuvent ainsi être investis dans les infrastructures basiques de développement. Une pétition de dénonciation soutenue par 350.org est en cours et a déjà recueilli plus de 60.000 signatures. 

Pour les communautés locales, ce méga-projet dont Total est l’un des principaux opérateurs est un véritable monstre qui bafoue non seulement leurs droits fondamentaux mais risque d’exacerber les impacts environnementaux et climatiques déjà ressentis fortement. “Le gouvernement, en collaboration Total, a saisi nos terres sans consentement. Des milliers de gens se sont retrouvés sans terres ni juste compensation. Depuis 2009, les habitants de Kasese, Hoima et Fort Portal ont constamment exprimé leur vives inquiétudes face aux graves conséquences des activités pétrolières sur les terres, les moyens de subsistance, les cultures et les écosystèmes”. s’’indigne Edwin Fanta Mumbere, activiste et organisateur local de 350.org.

Avant d’ajouter: “même les emplois que le gouvernement avait promis ont été confiés à des gens venus d’ailleurs, entraînant ainsi une augmentation du chômage dans la mesure où nos jeunes n’ont plus accès aux ressources naturelles telles que la terre. Cela  risque d’accroître la criminalité dans la communauté. Nous craignons que les relations fragiles entre locaux et migrants ne conduisent à des conflits violents ». 

Dans les districtis de l’Ouest de l’Ouganda, malgré la peur et les incertitudes, les habitants se disent plus que jamais déterminés à barrer la route au géant francais.“ Nous ne permettrons pas que cette multinationale lance un projet aux multiples impacts destructeurs sur nos terres. Nous la combattrons jusqu’ à la derniere énergie.” martèle Edward. 

Ce méga-projet controversé d’un coût de plus de 10 milliards de dollars prévoit le forage de plus de 400 puits, l’extraction d’environ 200.000 barils de pétrole par jour et la construction d’un oléoduc géant long de 1.445 km jusqu’aux côtes de l’océan indien en Tanzanie. Total (anciennement connu sous le nom d’Elf) est largement connue en Afrique pour ses pratiques peu scrupuleuses, emaillées de corruption, d’exploitation massive des ressources et de soutien aux régimes dictatoriaux. 

Il y a quelques mois, Total a renoncé à exploiter le pétrole du parc naturel des Virunga en République Démocratique du Congo, une initiative qui avait été vigoureusement combattue par les communautés locales, la société civile et les ONGs environnementales. 

Par Landry Ninteretse