C’est la question que de nombreuses organisations de la société civile se posent après que la Banque Africaine de Développement (BAD) ait rendu public ce lundi un communiqué dans lequel elle réfute catégoriquement les allégations de soutien financier à un projet d’oléoduc en Afrique de l’Est. 

Cette clarification est une réponse à un article de presse que la banque qualifie d’”inexact” indiquant que l’institution financière panafricaine prévoirait d’apporter un soutien financier au projet d’oléoduc de pétrole brut en Afrique de l’Est.

Le projet en question dont le coût d’investissement est estimé à plus de 10 milliards de dollars  prévoit la construction d’ un oléoduc géant de 1.445 km de long pour transporter le pétrole découvert au cœur du parc naturel protégé des Murchison Falls en Ouganda, impactant ainsi de large territoires à la fois en Ouganda et en Tanzanie, ainsi que les moyens de subsistance des centaines de milliers de populations vivant le long du trajet proposé du pipeline. Deux compagnies, l’une chinoise (China National Offshore Oil Corporation Ltd (CNOOC Ltd) et l’autre française Total SA sont impliqués dans l’extraction du petrole, au moment où les banques sont les financiers jusqu’ici connus de ce projet d’oléoduc sont Standard Bank et Sumitomo Mitsui Banking Corporation. 

Devant les multiples menaces que pose ce projet pour les communautés locales et leur moyens de subsistance, ces dernières se sont mises ensemble pour organiser une resistance. Mobilisations communautaires, communications par le biais de la presse, lettre ouvertes, petition, tout est mis en oeuvre pour s’opposer à un projet qui une fois réalisé causerait l’expropriation de plusieurs dizaines milliers de personnes, la destruction de la riche biodiversité et des ressources en eau et un impact majeur en termes d’émissions de GES (avec une production estimée à 200.000 barrils/jour)

La BAD qui affirme aujourd’hui qu’elle “n’a fourni de financement à aucune société du secteur privé pour des projets d’oléoduc ou de gazoduc en Afrique de l’Est” et “qu’aucun engagement n’a donc été pris”. La banque n’a toutefois pas dit qu’elle mettait fin au financement de tout projet petrolier et gazeux. Elle dit être “fermement engagée dans la promotion des énergies renouvelables”. En septembre 2019, le président de la Banque africaine de développement avait affirmé que le charbon n’a plus sa place en Afrique et que l’avenir est aux énergies renouvelables. 

La bataille contre de tels projets pétroliers et gazeux continue un peu partout sur le continue. Pour rester en deçà des 1,5°C de réchauffement climatique, plus de 80% des réserves fossiles déjà connues doivent rester dans le sol. Et cela passera par l’arrêt de nouveaux projets charbonnier, gazeux ou pétrolier.